Dimanche détente, dimanche "Bons vivants" ... Il semble que l'amuuuur ne vous inspire pas ... Voyons si la bonne chère vous inspire un peu plus ...
Paul Scarron (1610-1660)

Fils d'un conseiller à la
cour des comptes, Paul Scarron débute une
carrière ecclésiastique dès 1629. Cela ne
l'empêchera d'avoir des mœurs assez libres, ce qui
était assez souvent le cas à l'époque. De 1632
à 1640, il vit au Mans, où il devient
secrétaire de l'évêque.
Dès 1638, il est victime d'une grave maladie nerveuse qui
lui paralyse principalement les jambes, et lui vaudra de souffrir
le reste de ses jours. Avec une ironie acide, il est du reste le
premier à se moquer de son infirmité.
En 1643, son Recueil de quelques vers burlesques lui vaut
un grand succès et lance véritablement la mode
burlesque en France. Suivront en 1648 Le Virgile travesti
(parodie de l'Enéide) et de 1651 à 1657, son
chef-d'œuvre, Le Roman Comique.
Il retourne à Paris en 1652. Il tiendra un salon dans le
quartier du Marais, où se pressera le gratin de
l'époque.
A la même époque, il épouse une très
jeune orpheline afin de la sauver du couvent. Il s'agit de
Françoise d'Aubigné, petite-fille d' Agrippa
d'Aubigné, qui lui offrira d'après les mots de
Scarron « deux grands yeux fort mutins, un très beau
corsage, une paire de belles mains et beaucoup d'esprit ». La
petite orpheline devait s'illustrer bien après la mort de
son premier époux en devenant l'une des plus fameuses
maîtresses de Louis XIV, Mme de Maintenon.
Chanson à boire
Que de biens sur la table
Où nous allons
manger !
Ô le vin
délectable
Dont on nous va gorger
!
Sobres, loin d’ici ! loin d’ici, buveurs d’eau
bouillie !
Si vous y venez, vous nous ferez faire folie.
Que je sois fourbu, châtré, tondu,
bègue-cornu,
Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.
Montrons notre courage
:
Buvons jusques au
cou.
Que de nous le plus
sage
Se montre le plus
fou.
Vous, qui les oisons imitez en votre breuvage,
Puissiez-vous aussi leur ressembler par le visage.
Que je sois fourbu, châtré, tondu,
bègue-cornu,
Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.
Et d’estoc et de
taille
Parlons comme des fous
;
Qu’un chacun crie
et braille :
Hurlons comme des
loups.
Jetons nos chapeaux, et nous coiffons de nos serviettes,
Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes.
Que je sois fourbu, châtré, tondu,
bègue-cornu,
Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.
Que le vin nous
envoie
D’agréables
fureurs !
C’est dans lui que
l’on noie
Les plus grandes
douleurs.
Ô Dieu ! qu’il est bon ! prenons-en par-dessus la
tête ;
Aussi bien, chez nous, vomir est chose fort honnête.
Que je sois fourbu, châtré, tondu,
bègue-cornu,
Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.
Hâtons-nous de bien
boire
Devant qu’il soit
trop tard,
Et chantons à la
gloire
Du Seigneur de Cinq-Mars
:
Il est beau, vaillant, courtois, prend plaisir à
dépendre ;
Tel fut autrefois défunt Monseigneur Alexandre.
Que je sois fourbu, châtré, tondu,
bègue-cornu,
Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.
Paul Scarron
Les Oeuvres burlesques, 1651
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Chanson à manger
Quand j'ai bien faim et que je
mange
Et que j'ai bien de quoi choisir,
Je ressens autant de plaisir
Qu'à gratter ce qui me démange.
Cher ami tu m'y fis songer :
Chacun fait des chansons à boire,
Et moi, qui n ai plus rien de bon que la mâchoire
Je n'en veux faire qu'à manger.
Quand on se gorge d'un potage
Succulent comme un consommé,
Si notre corps en est charmé,
Notre ame l'est bien davantage.
Aussi Satan, le faux glouton,
Pour tenter la femme première,
N'alla pas lui montrer du vin ou de la bière,
Mais de quoi branler le menton.
Quatre fois l'homme de courage
En un jour peut manger son saoul ;
Le trop-boire peut faire un fou
De la personne la plus sage.
A-t-on vidé mille tonneaux ?
On a bu que la même chose ;
Au lieu qu'en un repas on peut doubler la dose
De mille différents morceaux.
Quel plaisir, lorsqu'avec furie,
Apres la bisque et le rôti,
Un entremet bien assorti
Vient réveiller la mangerie !
Quand tu mords dans un bon melon,
Trouves-tu liqueur qui le vaille ?
O mon très cher ami, je suis la mangeaille ;
Il n'est rien de tel qu'un glouton.
Paul Scarron
Les illustrations sont de Tomi Ungerer - Le géant de Zéralda






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