Accueil Date de création : 06/03/07 Dernière mise à jour : 24/04/08 16:16 / 213 articles publiés
 

J'aime bien, moi

Petit pincement au coeur  (J'aime bien, moi) posté le vendredi 11 avril 2008 23:23

Il y a quelques (longs) mois, je vous parlais d'un petit groupe de personnes âgées qui venaient à la médiathèque encadré par deux charmantes dames. Ce sont des petits vieux "dépendants", qui ont pour la plupart des pertes de mémoire plus ou moins grave. A l'époque, ils ne venaient que le vendredi après-midi ; ils venaient en section jeunesse pour regarder des livres et essayer de reconnaître les choses qu'ils avaient connues avant : les animaux, les montagnes, la mer ...

Depuis quelques temps, un autre groupe vient le vendredi matin aussi. Ce groupe-là ne regarde pas de livres ; ils viennent écouter de la musique : de l'accordéon, du Brel, du Brassens, du Trenet ... Le groupe n'est composé que de quatre petits vieux, deux hommes et deux femmes, toujours les mêmes. Ils sont comiques avec leurs gros casques sur la tête ... Et puis ils ne se rendent pas compte qu'ils parlent super fort ... Il y en a même un qui chante, et qui chante à s'en faire péter le bide. Je vous assure que c'est super drôle, mais qu'il n'y a, dans ma remarque, aucune moquerie ; bien au contraire, il y a beaucoup de tendresse et d'attachement. Il ne comprend pas qu'on lui demande de chanter un peu moins fort, entre le casque sur les oreilles et sa surdité, il se s'entend pas ... Alors une des mamies le gronde régulièrement : "Monsieur Machin, vous ne voyez donc pas que vous embêtez tout le monde ?! Et puis vous chantez faux !!" ... Que leur dire ?! La dame qui les accompagne est un peu gênée, elle nous regarde avec un sourire désolée ... Cette femme est merveilleuse, vraiment. Elle a une patience d'ange, une compréhension sans limite, un coeur en or, assurément. J'aime les voir arriver, ces petits vieux. Aussi étrange que cela puisse paraître, ça me donne de l'espoir ... l'espoir que tout n'est pas pourri, qu'il existe encore un peu d'amour et d'entraide, un peu de tendresse aussi ...

Aujourd'hui, alors que mon collègue installait (en ronchonnant un peu, d'ailleurs) les deux mamies, la dame est venue me voir, un peu gênée, l'air triste ... Elle me dit : "Vous vous souvenez de Monsieur Machin ? Celui qui aimait beaucoup l'accordéon et qui chantait fort ...? Eh bien il est mort ... et ça me bouleverse ..." Je suis restée pétrifiée ... bien entendu que je me souviens de ce monsieur ... et que répondre à cette femme ...?

Elle s'est vite reprise, dans un mouvement "la vie continue, et puis y'a les autres encore ...", et elle me dit : "Mais vous voyez, je suis venue avec Monsieur Bidule ... vous vous souvenez peut être de lui ... je le prenais souvent le vendredi après midi ... et puis comme j'avais une place dans ce groupe, je me suis dis que je pouvais le prendre ... mais vous savez, il ne sait pas écouter la musique, il ne connaît pas tout ça ..." Elle m'a montré le fameux Monsieur Bidule, et vous ne devinerez jamais qui il est ... C'est mon chouchou de l'autre groupe ! J'étais tellement heureuse de le voir ! Ca faisait super longtemps que je ne l'avais pas vu, si bien que je pensais qu'il était mort ... ce qui m'attristait énormément ... Dans le précédent article, je l'avais qualifié d'absent. Il semble complètement enfermé dans son monde, il ne réagit pas aux "bonjour" ni aux "au revoir" que je lui adresse, il ne réagit pas non plus à mes sourires. Il est souvent en colère, il ne comprend pas toujours ce qu'il fait là. Il me fait penser à mon grand-père qui est décédé il y a quelques temps. Il avait le même regard vide, la même agressivité ... et la même casquette ! Je suis troublée chaque fois que je le vois ... Je l'ai dit à la dame, elle m'a sourit tellement gentiment, tellement tendrement ... pour un peu, j'en aurais versé une larme ...

Pincement au coeur d'apprendre la mort de ce papy, émotion de constater qu'il y avait au moins une personne - cette gentille dame - qui était attristée par cette mort, joie au coeur de constater que "mon" papy est bien vivant, lui ... Une journée bien remplie pour mon pauvre coeur, en somme ...

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Ca farte plutôt pas mal ...!  (J'aime bien, moi) posté le lundi 07 avril 2008 22:48

Spécial dédicace à White Bilberry ...

Au Mexique, le papa d'un enfant autiste vient de faire un pari : soulager la souffrance des enfants autistes par ... le surf ! Il vient de monter une association, et ça marche super bien. L'objectif n'est évidemment pas de guérir ces enfants ; l'autisme ne se guérit pas. Il suffit simplement de les mettre sur une planche, de les accompagner, de les aider à moins souffrir et à s'ouvrir un peu plus aux autres. Passés les premiers moments de doute et de peur, les enfants semblent apprécier ce contact avec l'eau ...

Les projets qui touchent au mieux-être de la vie des jeunes autistes me touchent beaucoup. Je sais ce que peuvent ressentir les proches, je sais la souffrance que ça engendre. Je pense qu'on ne peut pas réellement comprendre ce qu'il se passe dans leurs têtes, et je sais que c'est dur pour tout le monde. Il y a différents degrés d'autisme, mais ce qui est certain, c'est que plus tôt les enfants sont pris en charge, plus leurs conditions de vie future pourront en être améliorées.

Il y a très peu d'initiatives de ce genre, tout comme il y a très peu de centres spécialisés. C'est dommage ... c'est très con ...

Bref, tout ça pour souligner la super bonne idée de ce mexicain, papa de deux garçons autistes. And it works !! Comme quoi, et je pense bien que White Bilberry ne dira pas le contraire, le surf semble être un bon moyen d'apaisement et de communion avec la nature ... Et les surfeurs ne sont pas tous des Brice de Nice ...!

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Saint-Exupéry - Histoire d'une mort  (J'aime bien, moi) posté le jeudi 20 mars 2008 18:45

1944 dans le sud-est de la France : Antoine de SAINT-EXUPERY l'aviateur part en mission de reconnaissance. Au même instant, un aviateur allemand aperçoit cet avion français et tire. L'avion français s'abîme en mer, le pilote ne réapparait pas. Il est mort.

Quelques temps plus tard, l'aviateur allemand, passionné des écrits sur l'aviation de SAINT-EXUPERY, apprend que l'auteur français volait à l'endroit même où il a abattu l'avion français. Il espère de tout son coeur que SAINT-EXUPERY n'était pas dans ce fameux avion, mais le doute s'insinue en lui. Il vit avec ce doute durant de nombreuses années.

1998 : la gourmette de SAINT-EXUPERY est repêchée par un marin au large de Marseille.

2003 :  des débris de Ligthning sont retrouvés près de l'île de Riou à Marseille, ils proviennent de l'avion de l'écrivain. Un numéro de série sur la carlingue permettait d'identifier l'appareil.

Terrible nouvelle pour le jeune aviateur allemand (qui n'est plus bien jeune d'ailleurs). Plus aucun doute ne subsiste : il a tiré sur l'avion de SAINT-EXUPERY et il a tué le papa du Petit Prince.

"Si j'avais su, je n'aurais pas tiré. Pas sur lui ..."

Et le voilà donc avec cette certitude : il a privé le monde entier de cet auteur génial que lui-même vénérait. Triste histoire.

Alors certains diront que cet allemand a tué d'autres hommes ; que SAINT-EXUPERY lui-même a abattu des avions et donc probablement des hommes aussi ; que la guerre, c'est la guerre ; qu'on ne peut pas regretter d'avoir tué un homme parmi d'autres, on regrette d'avoir tué ou pas, mais qu'on ne peut pas faire de distinction suivant la notoriété de la personne tuée, etc, etc. ...

Eh bien ! Vous direz ce que vous voudrez, mais je trouve cette histoire extrêmement triste, touchante, tragique, humaine ... Et j'en ai eu les larmes aux yeux et les poils hérissés quand je me suis mise deux secondes à la place de cet aviateur allemand.

Moi aussi j'aime beaucoup les écrits de SAINT-EXUPERY.

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Les films documentaires  (J'aime bien, moi) posté le vendredi 14 mars 2008 16:30

Oh la belle découverte !

Je viens de tomber sur un blog dédié aux films documentaires. Il vient juste de naitre ... Ce sont les coups de coeur de White Bilberry, elle n'a pas la prétention de faire de faire de grandes critiques, mais nul doute que son blog sera de très bonne qualité ...!

Je ne peux que vous inviter à aller y faire un petit tour :

>> docloko <<

... C'est toujours émouvant une naissance ... Souhaitons-lui donc bonne chance !!

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L'italique, le livre poche, et le point-virgule ...  (J'aime bien, moi) posté le mardi 19 février 2008 16:27

Devinette : qu'ont en commun l'italique, le livre poche, et le point-virgule ...? hum...? Tu ne sais pas ?! Eh bien, ils ont en commun la personne qui les a inventés : Teobaldo Manucci, plus connu sous le nom d'Alde Manuce.

Eh oui, Ami Lecteur ... Tu pensais que tout ça avait toujours existé ... mais tu te trompais ! Petit retour en arrière, nous voilà revenu au milieu du XVe siècle ...

Le jeune Teobaldo nait à Bassiano dans les états romains entre 1449 et 1452 [ben oui, la naissance n'est pas une science exacte ...!]. Après avoir achevé ses études latines à Rome où enseignent ses premiers maîtres Gaspar de Vérone et Dominizio Calderino, il suit à Ferrare les leçons du célèbre professeur de grec Baptiste Guarini. Il se lie d'amitié avec Jean Pic ainsi qu'avec le savant grec Emmanuel Adramyttenos. A ses côtés, il fortifie ses connaissances de la langue et des manuscrits grecs, partageant entre amis nombre de discussions savantes et philosophiques. En clair, ils n'étaient pas des bouseux qui ne se préoccupaient que du bien être que leurs vaches malades ... Non, ils étaient passionnés de lettres, de joutes verbales et de choses bien faites.

En 1490, Alde s'établit à Venise comme imprimeur, bien qu'il ne connaisse rien à l'imprimerie. Il a pour projet d'éditer et d'imprimer à grande échelle tous les classiques de la littérature grecque, de sortir du chaos tous ces anciens écrivains et leurs manuscrits abimés. Il est comme ça, Alde : le coeur sur la main ...!! Et puis c'est pas Jo le Rigolo, le type ... ni une grosse feignasse ... Jugez plutôt :

"Mais j'ai fait voeu de consumer ma vie à l'utilité publique ; et Dieu m'est témoin que tel est mon plus ardent désir. A une vie paisible j'ai préféré une vie laborieuse et agitée : l'homme n'est pas né pour des plaisirs indignes d'une âme généreuse, mais pour des travaux honorables. Laissons aux vils troupeaux une telle existence. Caton nous l'a dit, la vie de l'homme est comparable au fer : faites-en un emploi constant, il brille ; si vous n'en usez point, il se rouille."

L'oeuvre philologique

Les premiers livres imprimés par Alde Manuce portent la date de 1494, il a édité cette année-là la Grammaire grecque de Constantin Lascaris.

S'étant donné pour objectif de reproduire tous les chefs-d'oeuvre de la littérature grecque, il a édité les nombreux traités d'Aristote, alors tous inédits, et dont les manuscrits étaient presque illisibles et défigurés par les erreurs des copistes ; il a également édité la plupart des traités de Platon, quelques-uns d'Aristote, l'ouvrage de Théophraste sur les plantes ; les poètes Aristophane, Homère, Euripide, Sophocle ; les historiens Thucydide et Hérodote ... et bien d'autres encore. Alde Manuce est un passionné, ses ouvrages sont super bien imprimés, ils sont propres, nets, élégants, bien travaillés. Les traductions qu'il propose sont elles aussi remarquables. Il ne conçoit pas d'imprimer si la traduction n'est pas bonne ; il ne conçoit pas non plus une réédition sans chercher à la rendre meilleure et plus utile que les précédentes. Les traductions sont systématiquement retouchées, les textes originaux rectifiés. C'est d'ailleurs lui, le plus souvent, qui se charge de ce travail.

"C'est une rude tâche que d'imprimer correctement les livres latins, et plus dure encore les livres grecs, et rien n'est plus pénible que d'apporter tous les soins qu'ils exigent dans des temps aussi durs, où les armes sont bien plus maniées que les livres. Depuis que je me suis imposé ce devoir, voici sept ans que je puis affirmer, sous la foi du serment, de n'avoir pas joui, pendant tant d'années, même une heure, d'un paisible repos."

Alde Manuce s'est entouré des meilleurs savants de l'époque. Ils l'aident à avoir une vraie politique éditoriale. Cette réunion de savants prend le nom d'Aldi Neacademia. Ces discussions scientifiques entre tous ces hommes contribuent encore à la perfection des éditions aldines. 

 

L'italique et le point-virgule

En 1500, Alde met en usage un caractère penché appelé italique ou aldino, dont il a commandé l'exécution à Jean de Bologne, son habile graveur. C'est l'écriture de Pétrarque, dit-on, qui lui a donné la première idée de ce caractère, qu'il a lui-même dessiné. 

Un privilége de dix ans a été accordé à Alde, le 13 novembre 1502, par le sénat de Venise, pour lui garantir l'emploi exclusif de ses caractères italiques ; privilége successivement renouvelé par le pape Alexandre VI, maintenu pour quinze ans par Jules II en 1513, et continué par Léon.

Il semble qu'Alde Manuce ait également inventé le point-virgule, mais j'avoue ne pas être réellement certaine de cette information. Il ne l'a peut-être pas réellement inventé, peut-être a-t-il simplement été le premier à s'en servir ...

 

L'ancêtre du livre de poche

Alde est le premier à publier des ouvrages dans le format in-8°, lesquels, renfermant presque autant de matière que les in-4°, ou les in-folio, sont à la fois plus commodes et plus économiques. Ces charmants volumes qu'on peut emporter avec soi à la promenade et en voyage sont accueillis avec la plus grande faveur par les hommes studieux et les amis des lettres ; ils firent une concurrence redoutable aux in-folio. On peut dès lors posséder dix ou douze volumes pour le prix d'un ouvrage de ce dernier format, incommode d'ailleurs et ne pouvant se lire que sur un pupitre.

Alde vient d'inventer le livre que l'on peut emporter : le livre de poche. 

Travailleur acharné, Alde néglige un peu sa famille et ruine sa santé. En 1498, il est même victime de l'épidémie de peste qui sévit alors à Venise. Il meurt le 6 février 1515.

Tout ça pour vous dire que Gutenberg est resté fameux et est entré dans l'Histoire pour l'invention de l'imprimerie. Mais il n'a pas été le seul à oeuvrer pour les lettres, les livres, les bonnes impressions et les belles choses. La diffusion de la littérature doit beaucoup à Alde Manuce.

Et puis son nom m'amuse ...! 

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