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PetitChap(Eronrouge)

PetitChap(Eronrouge) - 3  (PetitChap(Eronrouge)) posté le dimanche 16 décembre 2007 15:57

Voilà maintenant un bon moment que je ne vous ai pas parlé du petit chaperon rouge, et comme je vous devine super impatients de lire la suite, je m'y attèle ...!! Nous avons déjà évoqué les versions orales et la première version écrite, celle de notre bon Charles Perrault

Avant de passer à la version des frères Grimm, je voulais juste évoquer encore un peu la version de Perrault. Il semble que la plupart d'entre vous ne connaissait pas cette version, antérieure à celle des frères allemands. La différence majeure est évidemment la fin du conte. Le petit chaperon rouge se fait manger par le loup :

Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture : Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi. Le Petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa Mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit : Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ? C’est pour mieux t’embrasser, ma fille. Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ? C’est pour mieux courir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles ? C’est pour mieux écouter, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ? C’est pour mieux voir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents. C’est pour te manger. Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea.

Il me semble me souvenir d'un commentaire d'Elbereth qui se demandait s'il était clairement dit que la pauvrette se faisait manger par le loup, ou si un autre terme était employé (genre "croquer"). Elle se fait "manger". Elbereth souligne alors qu'il y a forcément mort de la descendance, se demandant également comment la mère et la grand-mère - qui sont censées être passées par le même rituel - sont encore en vie ... J'ai un peu de mal à répondre à ces angoisses ... d'autant que mon cerveau est actuellement squatté par un sale rhume ...!

Ce que je peux dire pour terminer ce petit chapitre sur Perrault, c'est qu'il est le seul à "tuer" la pauvrette. Dans toutes les versions orales, elle s'en tire sans une égratignure ; dans la version des Grimm, on va le voir, elle est sauvée par un tiers. Perrault était peut être un sadique cannibale ... allez savoir !!

 
La version de Jacob et Wilhelm Grimm [1785-1863 / 1786-1859]
Consulter leur biographie - (Re)lire la version des frères Grimm

Les origines du conte 

La version des frères Grimm s’achève donc par un dénouement heureux : un chasseur survient, surprend le loup endormi, lui ouvre le ventre et en tire le Petit Chaperon rouge et la grand-mère qui, comme Jonas, n’ayant pas été mastiquées, se portent fort bien. Paul Delarue* pense que ce dénouement est une contamination par la forme allemande du conte de La Chèvre et les Chevreaux.

Les frères Grimm ont supprimé dans leur version les mêmes scènes que Perrault avait lui-même supprimé : le repas cannibale, le choix du chemin des épingles ou des aiguilles, le déshabillage rituel de la jeune fille. La différence majeure entre la version du XVIIe siècle et celle du XIXe siècle est donc la fin.

Le chasseur

Le chasseur est un personnage sympathique. Dans un premier temps, lorsqu’il voit le loup, il pense à le tuer. Dans un second temps, il ne se laisse pas emporter par ses émotions et préfère ouvrir le ventre du loup pour sauver la grand-mère et la petite fille. Le chasseur est donc sympathique aux yeux des enfants, il sauve les gentils et punit les méchants. Dans le rôle que joue le chasseur, la violence (quand il ouvre le ventre du loup) est inspirée par un dessein hautement social : sauver les deux femmes. Cependant, bien qu’il intervienne de façon décisive à la fin de l’histoire, on ne sait pas qui il est, ni d’où il vient. Il n’a aucun rapport direct avec le Petit Chaperon rouge, il la sauve, point final.

J'aime que très moyennement cette version avec ce sauveur arrivé de nulle part. Dans les versions orales, la fillette se sauvait seule, réussisant ainsi son passage initiatique. Cette idiote fillette des frères Grimm est d'abord assez conne pour indiquer où habite sa grand-mère, pour trainer en route en laissant au loup tout le temps nécessaire pour bouffer son aïlleule, et elle est même pas capable de se débrouiller seule pour se sortir du merdier dans lequel elle s'est mise ... Elle est vraiment conne ... Et maintenant, les hommes sont persuadés qu'on a besoin d'eux pour nous sauver ...

Les variantes du conte

Les frères Grimm donnent deux versions de l’histoire du Petit Chaperon rouge, ce qui est très rare chez eux. La première version se termine par la « renaissance » de la fillette et de sa grand-mère.

La variante n’est qu’un additif à l’histoire principale. Dans cette variante, on nous raconte qu’un peu plus tard, le Petit Chaperon rouge allant de nouveau porter une galette à sa grand-mère, un autre loup essaie de la détourner du sentier - de la vertu ? - qu’elle doit suivre. Cette fois, la pauvrette va tout droit chez la grand-mère et lui raconte tout. Ensemble, elles bouclent la porte pour que le loup ne puise pas entrer. A la fin, le loup glisse du toit, tombe dans une auge remplie d’eau et se noie. L’histoire se termine ainsi :

Allégrement, le Petit Chaperon rouge regagna sa maison, et personne ne lui fit le moindre mal.

Après sa triste expérience, la petite fille a compris qu’elle n’est pas mure pour tenir tête au loup, et qu’elle est prête à conclure une alliance efficace avec la figure maternelle. Elle me gonfle cette gamine ...

Conte de divertissement ou d'avertissement ?

La version des frères Grimm, même si elle ne présente pas de moralité (du moins sous la forme de celle de Perrault), propose une évolution de la fillette. De prime abord, ce conte semble être un conte de divertissement : la fillette désobéit à sa mère, cueille des fleurs et cours après les papillons, parle au loup qui dévore ensuite la grand-mère avant de dévorer le Petit Chaperon rouge. Le chasseur les sauve toutes les deux, elles ressortent indemnes du ventre du loup. Du fait de cette fin heureuse, on pourrait penser à un conte de divertissement, un conte « léger ».

Cependant il semble que, sans mettre les jeunes filles en garde comme le fait Perrault, ce conte démontre que l’on peut se tromper, faire des erreurs, les comprendre et en tirer des leçons. Le Petit Chaperon rouge a eu peur dans le ventre du loup, elle a compris son erreur et elle sort grandie du ventre du loup. D’ailleurs, la petite histoire qui suit le récit des frères Grimm montre bien que la fillette a gagné en maturité : elle ne se laisse plus duper par le loup.

Et le sexe dans tout ça ?

Bien évidemment que cette version a toujours une connotation sexuelle, mais elle me parait bien moins évidente que dans les version orales ou celle de Perrault. Le loup est toujours le séducteur, l'homme dangereux qu'il ne faut pas suivre et qui veut d'abord mettre la petite dans son lit avant de la manger. Effectivement, dans le cas contraire, il l'aurait mangé dans les bois, sans chercher de subterfuge pour aller chez mamie, qu'il aurait d'ailleurs pu manger après avoir dévoré la fillette. Oui mais voilà, le comportement du loup commence à prendre un sens dans la version des frères Grimm si on présume que pour disposer du Petit Chaperon rouge, le loup doit d’abord se débarrasser de la mamie.  Il n’y a pas tellement longtemps, dans certaines civilisations agricoles, quand la mère mourait, la fille aînée prenait sa place à tous les égards. Donc, tant que la (grand-)mère est dans les parages, la petite fille ne sera pas à lui ...

Je vous laisse méditer sur tout ça. Personnellement, cette version est celle que j'aime le moins.


La première illustration est bien évidemment de Gustave Doré
Les deux autres  sont de Warja Lavater

 

* Folkloriste français, Paul Delarue (1889-1956) commente dans Le Catalogue raisonné du conte populaire français différentes versions françaises de contes folkloriques. 
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PetitChap(Eronrouge) - 2  (PetitChap(Eronrouge)) posté le samedi 09 juin 2007 15:10

Après un article sur les versions orales [que vous pouvez retrouver ici], voici un article sur le conte écrit version Perrault.

La version de Perrault - A lire ici.

Elle est parue dans le recueil "Histoires et contes du tems passé avec des moralités" imprimé à Paris en 1697. Charles Perrault ne l’a pas signé, la dédicace est signée par son plus jeune fils, Pierre. Certains spécialistes se demandent qui a réellement écrit ces fameux contes.

Petit résumé pour les amnésiques : Le Petit Chaperon rouge se rend chez sa Mère-Grand sur ordre de sa mère. En chemin, elle rencontre le loup qui lui indique un pseudo raccourci. Le PCR prend en fait le chemin le plus long. Le loup arrive chez la Mère-Grand avant la fillette, dévore la vieille dame et attend le PCR dans le lit de l'aieuille. La fillette arrive, ne voit pas le subterfuge, se couche dans le lit et se fait dévorer par le loup. S'en suit une moralité :

"On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.
"

Cette version, très certainement inspirée des versions orales, est beaucoup plus épurée : il n'y a plus de cannibalisme, plus de grand-mère "poilouse" ni de besoin à satisfaire ... A la place, des tournures anciennes et des formulettes qui donnent un ton enfantin, à la fois vivant et désuet. Il y a par exemple le cas du fameux : "Tire la bobinette et la chevillette cherra". Très honnêtement, je n'en connais absolument pas la signification. Voici ce que j'ai trouvé [ici] :

"Voilà des mots qui n’ont pas de sens et une expression qui tient de la formule magique. C’est Perrault qui l’invente et qui d’ailleurs invente aussi  cette étrange fermeture. Avec ce vocabulaire fantaisiste, il donne à son récit un caractère ancien et enfantin (en fait, bobine et bobinoir existent mais servent à la couture ou à la dentelle et la chevillette est un instrument du relieur). "

La morale contraste avec ce vocabulaire simple. Elle semble être là pour souligner que ce conte n'est pas si enfantin qu'il peut le laisser paraitre. Il représente clairement une mise en garde. C'est Perrault qui, le premier, a introduit la couleur du chaperon. Le rouge n'a très certainement pas été choisi au hasard. La symbolique du sang est omniprésente.

Cette fillette, qui porte le rouge sur elle, est probablement en période pré-pubère. C'est un rituel de passage que de rencontrer le loup, on se doute bien que la mère et la grand mère ont dû faire face à ce même rituel.

La mère-grand se fait manger pour faire place à la suivante ... Pas très simple à expliquer mais n'avez-vous jamais remarqué que ce conte est un conte de "filles" ? Ou sont le père et le grand-père ? On a l'impression de voir l'histoire d'une même femme à trois étapes différentes de sa vie : période pubère (ou pré-pubère) - mère - grand-mère. Cette dernière doit "laiser sa place" pour que la fillette devienne mère à son tour, et la mère devienne donc grand mère ... C'est le cycle de la vie, une passation entre la fillette et l'aieuille.

Le Petit Chaperon rouge n'est décidemment pas un conte pour enfants (pas) sages ...

Prochain épisode : la version des frères Grimm ...

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PetitChap(Eronrouge) - 1  (PetitChap(Eronrouge)) posté le mardi 01 mai 2007 22:45

Peut-être vous demandez-vous d'où me vient mon pseudonyme sur Internet. Et oui, la curiosité est chose naturelle ...! Je crois l'avoir rapidement évoqué dans un précédent article : alors que j'étais étudiante en deuxième année IUP, j'ai du effectuer un projet de recherche. J'ai choisi comme sujet "Le petit chaperon rouge" plus par dépit que par réelle envie de découvrir quoi que soit. Il s'est avéré que j'ai appris un tas de choses et que je me suis passionnée pour ce conte. D'où mon pseudo ...

Mais connaissez-vous réellement l'histoire de cette enfant ? Le petit chaperon rouge se fait-elle réellement croquer par le loup ? Si oui, meurt-elle ou se fait-elle délivrer par un brave bucheron ? Et quel est réellement le rôle de la grand-mère dans tout ça ?

Nous connaissons actuellement deux versions majeures du chaperon rouge : celle de Perrault et celle des frères Grimm. Elles feront très certainement l'objet d'un article ultérieur.

Aujourd'hui, j'avais envie de vous parler des versions orales de ce conte, qui elles, sont plutôt méconnues. Paradoxalement, il a bien fallu les mettre par écrit pour en conserver une trace. Vous trouverez la version nivernaise ici, mais je n'ai pas trouvé les versions tourangelle et du Velay sur Internet. Je les mettrai peut-être sur le blog si certains sont intéressés. Il y a deux grosses différences entre les versions orales et les versions de Perrault au de Grimm.

1. Le chemin des aiguilles et le chemin des épingles 

La première est le choix des chemins. Lorsque l'enfant (qui n'est d'ailleurs pas affublée d'un chaperon rouge) rencontre le loup dans les bois, celui-ci lui demande quel chemin elle souhaite prendre : celui des aiguilles ou celui des épingles. Ce détail a été zappé par Perrault, estimant que le choix entre ces deux éléments piquants était trop puéril. Il se trompait certainement. Tout le monde n'est pas d'accord sur les symboliques, mais chacun s'accorde à dire qu'il y a forcément un sens à ce choix. Il faut noter que suivant les versions, la fillette ne choisit pas toujours le même chemin, elle semble d'ailleurs choisir au hasard. Les deux chemins écorchent, piquent, égratignent.

L'explication la plus courante est la suivante : les jeunes filles, à 14 ans, étaient envoyées chez une couturière pour un apprentissage. Le motif du chemin des épingles ou des aiguilles est une indication sur l'état des personnes : une petite fille prend le chemin des épingles pour s'attifer, soit le chemin de sa puberté ; une grand-mère, elle, est déjà passée par là, elle en est aux aiguilles. L'histoire peut donc maintenant se dire ainsi : une fille est envoyée sur le chemin des épingles, c'est-à-dire en apprentissage de couture, à la rencontre de sa puberté. Les épingles qui attifent s'opposent aux aiguilles associées au travail et aussi au raccommodage des robes trouées, et plus encore aux aiguilles à gros trous (usées ? qui ont déjà beaucoup servi ?) des vieilles femmes, des grands-mères qui ne voient plus clair. C'est là une seconde indication sur l'état de la grand-mère. Voir, c'est en effet avoir ses règles, ne plus voir, c'est ne plus les avoir. Il s'agit donc d'une histoire qui se passe essentiellement entre une jeune fille pubère et une vieille femme ménopausée, entre une petite-fille et sa grand-mère.

Pour la petite histoire, il faut noter que les épingles étaient offertes, ou plutôt lancées, aux filles par les garçons pour leur faire la cour en Provence ... Trop sympa les types !!

2. Le repas cannibale

La deuxième différence majeure est le repas cannibale. En effet, lorsqu'elle arrive chez sa grand-mère, la fillette est invitée par le loup à se restaurer. Elle prend alors la viande dans le placard - viande qui n'est autre que la chair de sa grand-mère - et se sert un verre de vin - sang de la vieille dame. Le loup, toujours dans le lit, la regarde s'affairer aux fourneaux. Elle cuisine la viande, la mange et boit ou cuisine le sang. Elle est bien entendu totalement inconsciente de ce quelle fait. Dès qu'elle se met à manger et à boire, une voix lui dit quelle horreur elle est en train de commettre, mais la fillette n'en croit rien. La symbolique est ici très forte : passage de l'enfance à l'adolescence, premières menstruations. "Ce que nous dit donc le conte, c'est la nécessité des transformations biologiques féminines qui aboutissent à la supplantation des vieilles par les jeunes, mais de leur vivant les mères seront remplacées par leur fille, la boucle sera bouclée avec l'arrivée des enfants de mes enfants. Moralité les mères-grands seront mangées." [Yvonne Verdier dans  Grands-mères, si vous saviez…].

3. Le dénouement

En ce qui concerne le dénouement de la majorité des versions orales, la fillette ne se fait pas croquer par le loup. Il l'invite à venir le rejoindre au lit, ce qu'elle fait. Le fameux échange a alors lieu : les grandes oreilles, les grandes dents, etc. La fillette comprennant que quelque chose cloche invoque une très grande envie de faire pipi. Le loup lui attache une ficelle à la cheville et l'autorise à sortir pour se soulager. Elle rompt la ficelle et s'enfuit. Suivant les versions, le loup la poursuit. Ils croisent des femmes au ruisseau en train de faire la lessive, elles tendent un drap pour faire traverser la fillette, et lachent les quatre coins du linge blanc pour que le loup se noie.

Tout ça pour vous dire que le Petit Chaperon rouge est tout sauf un conte pour enfants. Et je trouve ça tout à fait passionnant !!

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les versions orales, je ne peux que vous encourager à lire Grand-mères si vous saviez ... de Yvonne Verdier. Vous trouverez le texte ici

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