Voilà maintenant un bon moment que je ne vous ai pas parlé du petit chaperon rouge, et comme je vous devine super impatients de lire la suite, je m'y attèle ...!! Nous avons déjà évoqué les versions orales et la première version écrite, celle de notre bon Charles Perrault.
Avant de passer à la version des frères Grimm, je voulais juste évoquer encore un peu la version de Perrault. Il semble que la plupart d'entre vous ne connaissait pas cette version, antérieure à celle des frères allemands. La différence majeure est évidemment la fin du conte. Le petit chaperon rouge se fait manger par le loup :
Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture : Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi. Le Petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa Mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit : Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ? C’est pour mieux t’embrasser, ma fille. Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ? C’est pour mieux courir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles ? C’est pour mieux écouter, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ? C’est pour mieux voir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents. C’est pour te manger. Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea.
Il me semble me souvenir d'un commentaire d'Elbereth qui se demandait s'il était clairement dit que la pauvrette se faisait manger par le loup, ou si un autre terme était employé (genre "croquer"). Elle se fait "manger". Elbereth souligne alors qu'il y a forcément mort de la descendance, se demandant également comment la mère et la grand-mère - qui sont censées être passées par le même rituel - sont encore en vie ... J'ai un peu de mal à répondre à ces angoisses ... d'autant que mon cerveau est actuellement squatté par un sale rhume ...!
Ce que je peux dire pour terminer ce petit chapitre sur Perrault, c'est qu'il est le seul à "tuer" la pauvrette. Dans toutes les versions orales, elle s'en tire sans une égratignure ; dans la version des Grimm, on va le voir, elle est sauvée par un tiers. Perrault était peut être un sadique cannibale ... allez savoir !!
La version de Jacob et Wilhelm
Grimm [1785-1863 / 1786-1859]
Consulter leur biographie - (Re)lire la
version des frères Grimm

Les origines du conte
La version des frères Grimm s’achève donc par un dénouement heureux : un chasseur survient, surprend le loup endormi, lui ouvre le ventre et en tire le Petit Chaperon rouge et la grand-mère qui, comme Jonas, n’ayant pas été mastiquées, se portent fort bien. Paul Delarue* pense que ce dénouement est une contamination par la forme allemande du conte de La Chèvre et les Chevreaux.
Les frères Grimm ont supprimé dans leur version les mêmes scènes que Perrault avait lui-même supprimé : le repas cannibale, le choix du chemin des épingles ou des aiguilles, le déshabillage rituel de la jeune fille. La différence majeure entre la version du XVIIe siècle et celle du XIXe siècle est donc la fin.
Le chasseur
Le chasseur est un personnage sympathique. Dans un premier temps, lorsqu’il voit le loup, il pense à le tuer. Dans un second temps, il ne se laisse pas emporter par ses émotions et préfère ouvrir le ventre du loup pour sauver la grand-mère et la petite fille. Le chasseur est donc sympathique aux yeux des enfants, il sauve les gentils et punit les méchants. Dans le rôle que joue le chasseur, la violence (quand il ouvre le ventre du loup) est inspirée par un dessein hautement social : sauver les deux femmes. Cependant, bien qu’il intervienne de façon décisive à la fin de l’histoire, on ne sait pas qui il est, ni d’où il vient. Il n’a aucun rapport direct avec le Petit Chaperon rouge, il la sauve, point final.
J'aime que très moyennement cette version avec ce sauveur arrivé de nulle part. Dans les versions orales, la fillette se sauvait seule, réussisant ainsi son passage initiatique. Cette idiote fillette des frères Grimm est d'abord assez conne pour indiquer où habite sa grand-mère, pour trainer en route en laissant au loup tout le temps nécessaire pour bouffer son aïlleule, et elle est même pas capable de se débrouiller seule pour se sortir du merdier dans lequel elle s'est mise ... Elle est vraiment conne ... Et maintenant, les hommes sont persuadés qu'on a besoin d'eux pour nous sauver ...
Les variantes du conte
Les frères Grimm donnent deux versions de l’histoire du Petit Chaperon rouge, ce qui est très rare chez eux. La première version se termine par la « renaissance » de la fillette et de sa grand-mère.
La variante n’est qu’un additif à l’histoire principale. Dans cette variante, on nous raconte qu’un peu plus tard, le Petit Chaperon rouge allant de nouveau porter une galette à sa grand-mère, un autre loup essaie de la détourner du sentier - de la vertu ? - qu’elle doit suivre. Cette fois, la pauvrette va tout droit chez la grand-mère et lui raconte tout. Ensemble, elles bouclent la porte pour que le loup ne puise pas entrer. A la fin, le loup glisse du toit, tombe dans une auge remplie d’eau et se noie. L’histoire se termine ainsi :
Allégrement, le Petit Chaperon rouge regagna sa maison, et personne ne lui fit le moindre mal.
Après sa triste expérience, la petite fille a compris qu’elle n’est pas mure pour tenir tête au loup, et qu’elle est prête à conclure une alliance efficace avec la figure maternelle. Elle me gonfle cette gamine ...
Conte de divertissement ou
d'avertissement
?
La version des frères Grimm, même si elle ne présente pas de moralité (du moins sous la forme de celle de Perrault), propose une évolution de la fillette. De prime abord, ce conte semble être un conte de divertissement : la fillette désobéit à sa mère, cueille des fleurs et cours après les papillons, parle au loup qui dévore ensuite la grand-mère avant de dévorer le Petit Chaperon rouge. Le chasseur les sauve toutes les deux, elles ressortent indemnes du ventre du loup. Du fait de cette fin heureuse, on pourrait penser à un conte de divertissement, un conte « léger ».
Cependant il semble que, sans mettre les jeunes filles en garde comme le fait Perrault, ce conte démontre que l’on peut se tromper, faire des erreurs, les comprendre et en tirer des leçons. Le Petit Chaperon rouge a eu peur dans le ventre du loup, elle a compris son erreur et elle sort grandie du ventre du loup. D’ailleurs, la petite histoire qui suit le récit des frères Grimm montre bien que la fillette a gagné en maturité : elle ne se laisse plus duper par le loup.
Et le sexe dans tout ça ?
Bien évidemment que cette version a toujours une connotation sexuelle, mais elle me parait bien moins évidente que dans les version orales ou celle de Perrault. Le loup est toujours le séducteur, l'homme dangereux qu'il ne faut pas suivre et qui veut d'abord mettre la petite dans son lit avant de la manger. Effectivement, dans le cas contraire, il l'aurait mangé dans les bois, sans chercher de subterfuge pour aller chez mamie, qu'il aurait d'ailleurs pu manger après avoir dévoré la fillette. Oui mais voilà, le comportement du loup commence à prendre un sens dans la version des frères Grimm si on présume que pour disposer du Petit Chaperon rouge, le loup doit d’abord se débarrasser de la mamie. Il n’y a pas tellement longtemps, dans certaines civilisations agricoles, quand la mère mourait, la fille aînée prenait sa place à tous les égards. Donc, tant que la (grand-)mère est dans les parages, la petite fille ne sera pas à lui ...
Je vous laisse méditer sur tout ça. Personnellement, cette version est celle que j'aime le moins.
Les deux autres sont de Warja Lavater

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