Accueil Date de création : 06/03/07 Dernière mise à jour : 24/04/08 16:16 / 213 articles publiés
 

Les poésies du dimanche

Et pourquoi pas un conte ?  (Les poésies du dimanche) posté le dimanche 20 avril 2008 12:00

Les contes sont au monde parce qu’ils sont nécessaires,
comme l’air, comme la lumière du jour, comme les arbres.

Henri Gougaud

 

Aujourd'hui, point de poème .... mais un conte ...! Waouuh ....

 

 

La femme qui ne culetait pas

Il y avait une fois une femme qui ne se faisait pas prier pour recevoir des galants dans son lit. Elle se laissait faire tout ce qu'on voulait, et elle y trouvait sans doute son plaisir. Mais on n'en savait rien, car elle ne parlait jamais et ne remuait pas plus qu'une souche dans les bras de ses amoureux.

La nuit du jeudi saint, un homme devait aller se coucher avec elle. Il y alla, très tard dans la nuit, se déshabilla dans l'obscurité et se coucha à côté d'elle. Puis, sans desserrer les dents, il fit sa besogne et s'en alla.

Le lendemain matin, on trouva la pauvre femme morte dans son lit. L'homme, qui , comme tout bon chrétien, tenait à faire ses Pâques, bien qu'il menât une vie agitée, s'en alla à confesse.

« J'ai commis un grand péché, dit-il au curé.
- Qu'avez-vous donc fait ?
- J'ai couché avec une femme morte.
- Malheureux, je ne puis vous donner l'absolution.
- Hélas ! monsieur le curé, il faudra donc que je vive continuellement avec ce péché ?
- Ecoutez, mon enfant, tout ce que je puis faire, c'est d'en référer à Mgr l'évêque. »

Le curé écrivit à Mgr l'évêque. L'évêque répondit qu'il n'avait pas le pouvoir de remettre un aussi grave péché, et qu'il lui fallait en référer au pape lui-même.

L'évêque écrivit donc au pape. Le pape ordonna une enquête. S'étant bien fait expliquer la chose, il reconnut que l'homme qui avait péché n'était pas tout à fait dans son tort. Si cette femme avait eu l'habitude de culeter pendant l'oeuvre de chair, ce malheureux ne serait pas arrivé, car l'homme se serait aussitôt aperçu que la femme était morte. Or les témoignages qui avaient été recueillis au cours de l'enquête étaient tous concordants : cette femme ne remuait jamais plus qu'une souche. Celui qui avait couché avec elle la dernière nuit n'avait donc pas pu savoir si elle était morte ou vivante. Le pape écrivit à l'évêque qu'il envoyait l'absolution.

Mais, en même temps, il ordonnait à l'évêque de faire un mandement destiné à instruire les fidèles, afin d'empêcher qu'une chose semblable pût se reproduire.

L'évêque fit donc un mandement, et tous les curés des paroisses en donnèrent lecture en chaire, le dimanche suivant, à la grand-messe.

« Mes chères soeurs, disait l'évêque, notre saint-père le pape vous fait savoir que toute femme qui ne culettera pas, quand elle fera l'oeuvre de chair avec un homme, commettra un gros péché mortel. »

 

Recueilli dans le Lauragais (Haute-Garonne)
Contributions au folklore érotique, 1907
[in Contes occitans, Jean Markale - Stock, 1981]

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Les bons vivants  (Les poésies du dimanche) posté le dimanche 13 avril 2008 12:00

Dimanche détente, dimanche "Bons vivants" ... Il semble que l'amuuuur ne vous inspire pas ... Voyons si la bonne chère vous inspire un peu plus ...

 

 Paul Scarron (1610-1660)

Fils d'un conseiller à la cour des comptes, Paul Scarron débute une carrière ecclésiastique dès 1629. Cela ne l'empêchera d'avoir des mœurs assez libres, ce qui était assez souvent le cas à l'époque. De 1632 à 1640, il vit au Mans, où il devient secrétaire de l'évêque.
Dès 1638, il est victime d'une grave maladie nerveuse qui lui paralyse principalement les jambes, et lui vaudra de souffrir le reste de ses jours. Avec une ironie acide, il est du reste le premier à se moquer de son infirmité.
En 1643, son Recueil de quelques vers burlesques lui vaut un grand succès et lance véritablement la mode burlesque en France. Suivront en 1648 Le Virgile travesti (parodie de l'Enéide) et de 1651 à 1657, son chef-d'œuvre, Le Roman Comique.
Il retourne à Paris en 1652. Il tiendra un salon dans le quartier du Marais, où se pressera le gratin de l'époque.
A la même époque, il épouse une très jeune orpheline afin de la sauver du couvent. Il s'agit de Françoise d'Aubigné, petite-fille d' Agrippa d'Aubigné, qui lui offrira d'après les mots de Scarron « deux grands yeux fort mutins, un très beau corsage, une paire de belles mains et beaucoup d'esprit ». La petite orpheline devait s'illustrer bien après la mort de son premier époux en devenant l'une des plus fameuses maîtresses de Louis XIV, Mme de Maintenon.

 

 

Chanson à boire

            Que de biens sur la table                                 
            Où nous allons manger !
            Ô le vin délectable
            Dont on nous va gorger !
Sobres, loin d’ici ! loin d’ici, buveurs d’eau bouillie !
Si vous y venez, vous nous ferez faire folie.
Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu,
Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.

            Montrons notre courage :
            Buvons jusques au cou.
            Que de nous le plus sage
            Se montre le plus fou.
Vous, qui les oisons imitez en votre breuvage,
Puissiez-vous aussi leur ressembler par le visage.
Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu,
Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.

            Et d’estoc et de taille
            Parlons comme des fous ;
            Qu’un chacun crie et braille :
            Hurlons comme des loups.
Jetons nos chapeaux, et nous coiffons de nos serviettes,
Et tambourinons de nos couteaux sur nos assiettes.
Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu,
Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.

            Que le vin nous envoie
            D’agréables fureurs !
            C’est dans lui que l’on noie
            Les plus grandes douleurs.
Ô Dieu ! qu’il est bon ! prenons-en par-dessus la tête ;
Aussi bien, chez nous, vomir est chose fort honnête.
Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu,
Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.

            Hâtons-nous de bien boire
            Devant qu’il soit trop tard,
            Et chantons à la gloire
            Du Seigneur de Cinq-Mars :
Il est beau, vaillant, courtois, prend plaisir à dépendre ;
Tel fut autrefois défunt Monseigneur Alexandre.
Que je sois fourbu, châtré, tondu, bègue-cornu,
Que je sois perclus, alors que je ne boirai plus.

 

Paul Scarron
Les Oeuvres burlesques, 1651

 

----- ooOOOOOoo -----

 

 

Chanson à manger

Quand j'ai bien faim et que je mange
Et que j'ai bien de quoi choisir,
Je ressens autant de plaisir
Qu'à gratter ce qui me démange.
Cher ami tu m'y fis songer :
Chacun fait des chansons à boire,
Et moi, qui n ai plus rien de bon que la mâchoire
Je n'en veux faire qu'à manger.
Quand on se gorge d'un potage
Succulent comme un consommé,
Si notre corps en est charmé,
Notre ame l'est bien davantage.
Aussi Satan, le faux glouton,
Pour tenter la femme première,
N'alla pas lui montrer du vin ou de la bière,
Mais de quoi branler le menton.
Quatre fois l'homme de courage
En un jour peut manger son saoul ;
Le trop-boire peut faire un fou
De la personne la plus sage.
A-t-on vidé mille tonneaux ?
On a bu que la même chose ;
Au lieu qu'en un repas on peut doubler la dose
De mille différents morceaux.
Quel plaisir, lorsqu'avec furie,
Apres la bisque et le rôti,
Un entremet bien assorti
Vient réveiller la mangerie !
Quand tu mords dans un bon melon,
Trouves-tu liqueur qui le vaille ?
O mon très cher ami, je suis la mangeaille ;
Il n'est rien de tel qu'un glouton.

 

Paul Scarron

 

Les illustrations sont de Tomi Ungerer - Le géant de Zéralda

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L'amour au féminin ...  (Les poésies du dimanche) posté le dimanche 06 avril 2008 12:00

Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.

 

Au hasard de mes pérégrinations, je suis tombée sur des textes de Marceline Desbordes-Valmore ... Alors je suis peut être inculte, mais je ne la connaissais pas ... Désolée ! Et c'est bien dommage, ses écrits valent le détour, vraiment. Aujourd'hui, et après pas mal d'hésitations, j'ai choisi une élégie ... mais j'aurais aussi bien choisir Les séparés, mis en musique et chanté par Julien Clerc (N'écris pas) ...

 

Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859) : Fille d'un peintre en armoiries ruiné par la Révolution, Marceline Desbordes est née à Douai. Elle est emmenée en 1801 à la Guadeloupe par sa mère, mais celle-ci y meurt presque aussitôt. De retour à Douai, elle devient canttrice et s'installe à Paris. Engagée pour chanter à Bruxelles, elle y épouse le comédien Prosper Lanchantin, dit Valmore, dont elle aura quatre enfants. Elle publie son premier recueil de poèmes, Elégies et romances, en 1819, suivi d'Elégies et poésies nouvelles en 1825 et Poésies, en 1830. Elle mène une vie difficile malgré l'aide de madame de Récamier. Admirée par Lamartine, Vigny, Hugo, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, George Sand, elle meurt pourtant seule et oubliée.

 

Élégie
« J’étais à toi peut-être avant de t’avoir vu »

J’étais à toi peut-être avant de t’avoir vu.
Ma vie, en se formant, fut promise à la tienne ;
Ton nom m’en avertit par un trouble imprévu,
Ton âme s’y cachait pour éveiller la mienne.
Je l’entendis un jour, et je perdis la voix ;
Je l’écoutai longtemps, j’oubliai de répondre.
Mon être avec le tien venait de se confondre,
Je crus qu’on m’appelait pour la première fois.
Savais-tu ce prodige ? Eh bien, sans te connaître,
J’ai deviné par lui mon amant et mon maître ;
Et je le reconnus dans tes premiers accents,
Quand tu vins éclairer mes beaux jours languissants.
Ta voix me fit pâlir, et mes yeux se baissèrent ;
Dans un regard muet nos âmes s’embrassèrent ;
Au fond de ce regard ton nom se révéla,
Et sans le demander j’avais dit : Le voilà !
Dès lors il ressaisit mon oreille étonnée ;
Elle y devint soumise, elle y fut enchaînée.
Comme un timbre vivant, l’écho du souvenir
Appelait par ton nom l’écho de l’avenir.
Je le lisais partout, ce nom rempli de charmes,
Et je le relisais, et je versais des larmes. 1
D’un éloge enchanteur toujours environné,
À mes yeux éblouis il s’offrait couronné.
Je l’écrivais… bientôt je n’osai plus l’écrire,
Et mon timide amour le changeait en sourire.
Il me cherchait la nuit, il berçait mon sommeil ;
Il résonnait encore autour de mon réveil ;
Il errait dans mon souffle, et lorsque je soupire
C’est lui qui me caresse et que mon cœur respire.
Nom chéri ! nom charmant ! oracle de mon sort !
Hélas ! que tu me plais, que ta grâce me touche !
Tu m’annonças la vie, et, mêlé dans la mort,
Comme un dernier baiser tu fermeras ma bouche.

 

Marceline Desbordes-Valmore
Poésies, 1830

 

1. Dans l’édition de 1842, ces quatre vers sont :

J’exprimais par lui seul mes plus doux sentiments ;
Je l’unissais au mien pour signer mes serments.
Je le lisais partout, ce nom rempli de charmes,
Et je versais des larmes.

 

 

Bon dimanche à vous ...

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Poète de la Rose  (Les poésies du dimanche) posté le dimanche 30 mars 2008 14:30

Bien ... Je n'ai pas beaucoup de temps ... j'ai mal à la tête d'avoir trop bu de bière hier soir, et je dois être sur un stade de rugby dans 30 minutes ... La publication dominicale sera donc classique, aujourd'hui : trois poèmes de Pierre de Ronsard.

Pierre de Ronsard naît le 1er septembre 1524 dans le château de la Possonnière, près de Vendôme. Il est le fils de Louis de Ronsard et de Jeannez Chaudrier. Son père a combattu sous Louis XII et François 1er, notamment aux côtés de Bayard.

Ronsard entre au service de la cour royale en 1536 et devient le page du troisième fils de François 1er, Charles d'Orléans. Il reçoit les ordres mineurs de l'évêque du Mans en 1543, mais n'est pas ordonné prêtre. Il est par la suite élève au collège de Coqueret, à Paris où il a pour maître Jean Dorat, un grand helléniste.

A 20 ans, en avril 1545, Ronsard rencontre, dans une fête à la cour de Blois, Cassandre Salviati, âgée de 13 ans, fille d'un banquier italien. Deux jours après, la cour quitte Blois : Il "n'eut moyen que de la voir, de l'aimer et de la laisser au même instant". Ronsard ne cessera dans ses oeuvres de proclamer son amour platonique.

En 1547 Ronsard s'inscrit à l'Université et fait la connaissance de Joachim du Bellay. Il décide de former avec d'autres jeunes poètes un groupe qui prendra le nom de "Brigade" avant d'adopter quelques années suivantes celui de "la Pléiade". Ce groupe souhaite définir de nouvelles règles poétiques.

[Source]

 

Ode à Cassandre

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil,
A point perdu cette vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vôtre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place,
Las, las ses beautés laissé choir !
Ô vraiment marâtre Nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que votre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez votre jeunesse :
Comme à cette fleur, la vieillesse
Fera ternir votre beauté.

 

--- ooOOOoo ---

 

Quand vous serez bien vieille

Quand vous serez bien vieille, au soir à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle. » 

Lors vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant,
Bénissant votre nom, de louange immortelle.

Je serai sous la terre et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie, 

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

 

--- ooOOOoo ---

 

Je n'ai plus que les os

Je n'ai plus que les os, un squelette je semble,
Décharné, dénervé, démusclé, dépulpé,
Que le trait de la mort sans pardon a frappé,
Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,
Ne me sauraient guérir, leur métier m'a trompé ;
Adieu, plaisant Soleil, mon oeil est étoupé,
Mon corps s'en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami me voyant en ce point dépouillé
Ne remporte au logis un oeil triste et mouillé,
Me consolant au lit et me baisant le face,

En essuyant mes yeux par la mort endormis ?
Adieu, chers compagnons, adieu, mes chers amis,
Je m'en vais le premier vous préparer la place.

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Le fou d'Elsa  (Les poésies du dimanche) posté le dimanche 23 mars 2008 12:00

[...] dans un monde d'où l'idée même de Dieu est absente, je me permets de transcrire à ma manière la formule de Marx: "L'homme est l'avenir de l'homme", sous cette forme qui ne la contredit pas: "La femme est l'avenir de l'homme".

 

Pas vraiment le temps de farfouiller aujourd'hui ... Les poésies du dimanche seront donc consacrées à Louis Aragon.

Après une brillante scolarité, Louis Aragon entame des études de médecine. Incorporé en 1917, il part pour le front où il rencontre André Breton. La guerre finie, il se consacre avec une énergie décuplée à l'écriture et publie Feu de joie, Mouvement perpétuel, ou encore Anicet ou le panorama. Il participe à la création du mouvement artistique Dada, puis à la naissance du surréalisme qu'il théorise dans Une vague de rêve. Sa notoriété ne cesse de s'accroître notamment avec Le Paysan de Paris. En 1928, il rencontre Elsa Triolet : c'est le début d'un mythe largement mis en scène par ses protagonistes. Inscrit au parti communiste dès 1927, Aragon s'engage dans la lutte politique et rompt définitivement avec Breton et les surréalistes. Journaliste à L'Humanité, il entame une nouvelle carrière de romancier avec le cycle romanesque Le Monde réel. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Aragon devient l'un des poètes de la Résistance, célébrant l'amour absolu et l'action politique. Après la guerre, il fonde le Comité national des écrivains avec Jean Paulhan. Combats politiques et publications (Le Fou d'Elsa) rythment la fin de sa vie. Se clamant "réaliste socialiste", il prône l'avènement du communisme. Les dénonciations des atrocités commises sous le régime stalinien et la mort de sa compagne le désarçonnent mais n'altèrent en rien son credo : assimiler l'écriture à une quête de soi.

[Source : evene.fr]

 

Les mains d'Elsa

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fuit de partout dans mes mains à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tresailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet des sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu

Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

 

Louis Aragon
Le fou d'Elsa

 

---------- ooOOoo ----------

 

Vers à danser

Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l'enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C'était hier que je t'ai dit
               Nous dormirons ensemble

C'était hier et c'est demain
Je n'ai plus que toi de chemin
J'ai mis mon coeur entre tes mains
Avec le tien comme il va l'amble
Tout ce qu'il a de temps humain
              Nous dormirons ensemble

Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J'ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t'aime que j'en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
              Nous dormirons ensemble

 

Louis Aragon
Le fou d'Elsa

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